Accéder aux fonds nécessaires pour financer son activité économique se révèle souvent être un défi insurmontable pour beaucoup de micro-entrepreneurs en Afrique de l’Ouest. L’exemple sénégalais de la calebasse solidaire concrétise dans la pratique le dicton « Les petits ruisseaux font les grandes rivières 

Pour accroitre les revenus de son ménage, la femme sénégalaise vivant en milieu rural se tourne fréquemment vers des activités de transformation et/ou de revent: transformer des céréales en produits prêts à être consommés, acheter un petit stock de légumes pour aller le revendre en ville, etc. Mais sitôt gagné, l’argent est utilisé pour faire tourner la marmite le soir venu et le peu qu’il reste est destiné à acheter un nouveau petit stock de matière première. Impossible dans de telles conditions de mettre suffisamment d’argent de côté pour accroitre son activité économique, acheter plus de matière brute, vendre plus loin ou en plus grande quantité.

La calebasse solidaire est une façon innovante de répondre à ce problème en rendant possible l’accumulation de capital nécessaire à la croissance d’une activité économique. Elle est également un vecteur de solidarité communautaire.

La calebasse solidaire réunit souvent des femmes (et plus rarement des hommes) issues d’un même village ou s’adonnant à la même activité (vendeuse de poisson, menuisier…) Ces groupements se rencontrent régulièrement autour d’une activité économique collective (par exemple produire de l’huile d’arachide, transformer des céréales, etc.) À l’occasion de cette rencontre, chacune glisse dans une calebasse recouverte d’un drap une somme qu’elle est la seule à connaître. On parle ainsi d’AVA : un Apport Volontaire Anonyme. La somme récoltée (de 1 à 10 €) est destinée à alimenter un fonds commun ayant deux utilités : sociale d’abord en permettant à chacune de demander un prêt lors d’évènements imprévus (enterrement, maladie, crise alimentaire, etc.), économique ensuite en favorisant la mise en place d’un fonds rotatif destiné à accroitre le capital de chacune des membres du groupement.

À tour de rôle, chaque membre reçoit une somme relativement importante (+/- 75 €) lui permettant d’acheter un stock de matière première à travailler ou à revendre. Après une période convenue (un à quelques mois), la somme est remboursée au fonds et prêtée à un autre membre. Entre le moment du prêt et celui du remboursement, la somme a permis de réaliser des bénéfices suffisants pour rembourser le prêt et dégager un revenu substantiel qui servira à accroitre leur fonds de roulement. Au terme du processus, la micro-entrepreneuse a désormais la possibilité d’acheter davantage de produits à transformer ou à revendre.

Cette capacité d’autofinancement du fonds de roulement de chaque membre se joue aussi au niveau collectif grâce aux « AVA » qui permettent au groupement de développer également ses activités collectives.

Le surplus d’argent dans la caisse leur permettra d’acheter davantage de matière première et de tirer des bénéfices accrus de leurs transformations. L’avantage du système provient également de son côté progressif qui permet une croissance de l’activité économique mesurée et en phase avec les compétences des membres du groupement. Cette progressivité permet toutefois d’atteindre des sommes importantes. En quelques années, il n’est pas rare qu’un groupement dépasse les 1 500 € d’en-cours (c’est-à-dire prêtés aux membres ou détenus en caisse).

La calebasse solidaire est un processus simple favorisant la solidarité entre les membres. Sur une base d’épargne communautaire, le groupement développe des activités économiques collectives et favorise l’accroissement des fonds de roulement individuels. La calebasse permet également à ses membres de faire face aux coups durs et, en ce sens, joue aussi un rôle de « sécurité sociale » à petite échelle. Finalement, elle contribue à construire une économie de collaboration plutôt que de concurrence. Encourager les personnes d’un même groupe social à s’entraider plutôt qu’à se concurrencer, c’est peut-être la plus grande réussite de cette pratique.

 

Pour référence, vous pouvez trouver ici les projets soutenus en Afrique par Autre Terre: http://www.autreterre.org/nos-projets/nos-projets-en-cours/?fwp_pays=senegal