L'idée de départ était bonne car il avait le minerai de bore en Bolivie et l'acide sulfurique au Chili. De plus, l'acide sulfurique n'avait pas beaucoup de valeur, il y en avait même trop car le Chili produisait beaucoup de cuivre. Et lorsqu'on produit du cuivre on produit également du soufre (il y a deux atomes de soufre pour un atome de cuivre) et donc de l'acide sulfurique. Le plus étonnant est qu'il n'a sans doute pas fait d'étude de marché et que l'acide borique, ce n'est jamais en Bolivie qu'il allait le commercialiser. Partant, ça signifiait tout de suite la grande exportation et ça, on a vraiment peine à imaginer que quelqu'un puisse se lancer, depuis le fin fond de la Bolivie, dans une production d'acide borique destinée à partir en Inde, aux Etats-Unis ou en Hollande…

Pourtant, Guillaume a tissé tout un réseau en se lançant. Grand entrepreneur, il a pris de multiples contacts, notamment avec des Italiens qui, historiquement, avaient été les premiers à produire de l'acide borique.
«C'est vrai qu'il ne faut pas trop réfléchir avant de se lancer mais lui, il s'est vraiment lancé dans l'inconnu. C'était un métier qu'il ne connaissait pas, sur un marché qui n'était pas connu non plus et il a bien failli boire la tasse… il s'en est d'ailleurs fallu de peu!»
En effet, il a débuté à un moment où le marché n'était pas très bon. Ensuite, il a un peu repris mais la société est restée très fragile, comme toute industrie minière.
La chance de Tierra est d'avoir un gisement intéressant à sa disposition, d'avoir pu se procurer de l'acide sulfurique à un bon prix (même si maintenant les prix tendent à augmenter) et de bénéficier d'une énergie géothermique (qui était déjà là puisque les puits avaient déjà été creusés).
Toutefois, cette énergie n'a pas été qu'une bonne chose. Pour en profiter, l'usine de Tierra a dû être placée à 5000 mètres d'altitude ce qui s'est révélé être un gros problème. Il est vrai qu'en altitude, les machines et les réactions chimiques n'ont plus le même rendement. Ces conditions extrêmes — sans parler du froid que les travailleurs doivent affronter — sont souvent nuisibles au fonctionnement de l'entreprise, qui tente d'ajuster des procédés industriels qui ont été décrits pour des usines installées dans des conditions comme nous les connaissons chez nous, à 1000 mètres d'altitude au maximum.
Quand on est à 5000 mètres, tout change: la pression, les températures, les procédés sont ralentis. Bref, c'est un peu défavorable. Pourtant, Guillaume s'y est lancé sans trop y réfléchir, avec des Boliviens pour des Boliviens.
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