
L'association Assador («source de vie») créée en 1992 et forte de 54 membres, vise à assurer à la population de Tessalit des revenus décents tout en restaurant l'écosystème oasien du village. Cela peut se concrétiser via :
- le développement du maraîchage par la fourniture aux jardins individuels d'équipements hydrauliques performants (pompes thermiques, puits cimentés, citernes, aqueducs) et la sécurité de la maintenance assurée par un magasin de pièces détachées, semences et outils ;
- la plantation et l'entretien d'arbres fruitiers et de palmiers-dattiers dans le but de pérenniser les revenus des producteurs (via la production de fruits et de dattes) et de recréer un couvert végétal apte à protéger les cultures et à développer un microclimat de type oasien ;
- la formation des bénéficiaires au maraîchage biologique, au compostage, aux systèmes de revalorisation des sols et d'irrigation ;
- la concertation renforcée avec les autorités locales et la société civile afin de renforcer et de coordonner les actions de chacun.

On explique le secret de la réussite des beaux jardins par la modicité des dépenses afférentes aux chantiers d'aménagement et l'importance de la discipline instituée et consentie (avec cahier de présence et amendes pour les absences). «La régularité des réunions a été la force de survie (…) On parle très librement mais on maîtrise toujours nos colères».
Le modèle de coopératives manipulées par l'administration a servi de repoussoir. La gestion catastrophique des coopératives d'éleveurs par des sédentaires a bénéficié au succès d'Assador. La cohésion de l'association se résume à la proclamation de tout faire ensemble : vivre, réfléchir, contrôler.
On souligne aussi le souci constant d'améliorer le travail par la formation et les sessions thématiques organisées devront être poursuivies et diversifiées.
Regardant la réussite de leur entreprise, et la comparant au fiasco des dizaines d'autres projets lancés avec la démocratisation, les membres d'Assador se félicitent du développement de la solidarité, l'association étant devenue une sécurité pour chaque membre (en cas de maladie, d'accident), et la sécurité alimentaire est assurée par le magasin qui propose aussi des céréales (mil, riz) au prix plancher. L'impact sur le commerce local étant la régularisation des prix.
Les techniques culturales sont au cœur du changement culturel en cours. Parmi ces anciens éleveurs semi-nomades, quelques-uns ont pu visiter des jardins performants lors de voyages au sud du Mali ou en Algérie, mais c'est l'impérieuse nécessité de la pénurie qui les a amenés à envisager une diversification de leur activité. Aussi sont-ils réceptifs aux conseils, et demandeurs d'innovations.
Après bientôt 10 ans de collaboration, des jardins commence à se dessiner le profil de l'oasis : les légumes au sol, les fruitiers commencent à donner des fruits et les palmiers atteindront leur taille adulte dans quelques années. Le tout bien imbriqué telle une mosaïque permettra de protéger la production des vents desséchants, et constituera en somme un microclimat. Toutefois, un tel biotope idéal requiert encore un travail de longue haleine. Au moindre relâchement, tout peut encore retourner au désert.
Trois barrages au milieu du désert
La construction de trois barrages d'infiltration d'eau sur un oued en 2008 (cours d'eau temporaire) en amont du village de Tessalit, dans le cadre d'un projet cofinancé par l'Union Européenne, a permis de garantir un bon approvisionnement des nappes phréatiques. En effet, les rares pluies de la région sont souvent d'une extrème violence. Lorsqu'elles proviennent, de véritables fleuves se créent qui dévalent la vallée en emportant tout sur leur passage. Grâce à la construction des barrages, la pluie est stoppée et a le temps de s'infiltrer dans le sol pour rejoindre et approvisionner la nappe phréatique. La construction de ces barrages était une nécessité afin de garantir un bon accès à l'eau à tous les maraîchers de la zone de Tessalit.

