« La sécurité de l’eau commence par les sols. »
Le 20 août 2026, à Oulan-Bator, en Mongolie, Autre Terre par la voix de Amélia BAZI, représentante pays adjointe pour le Burkina Faso a porté cette conviction devant la communauté internationale réunie pour la COP17. À travers un side event de haut-niveau consacré à la sécurité hydrique et à la gestion intégrée des ressources en eau, l’organisation a partagé les enseignements tirés de ses interventions au Burkina Faso et au Mali, sur une question devenue centrale : comment construire des territoires capables de résister durablement aux sécheresses ?
L’eau ne se sécurise pas au point d’eau, mais dans le paysage.
Le message porté par Autre Terre rompt avec une vision encore trop répandue : celle qui réduit la sécurité hydrique à la seule performance des infrastructures. Pour l’organisation, on ne peut pas garantir durablement l’accès à l’eau sans restaurer les sols et les écosystèmes qui la rendent disponible. Gestion de l’eau, restauration des terres, agroécologie et innovation doivent être pensées comme un seul et même système – c’est tout le sens d’une véritable gestion intégrée des ressources en eau (GIRE).
Autrement dit : gérer l’eau, c’est aussi gérer les sols, les bassins versants et les communautés qui en dépendent. Un forage ou un barrage, aussi bien conçu soit-il, perd de son efficacité si les terres environnantes continuent de se dégrader.
Des résultats concrets sur le terrain
Les expériences présentées ne relèvent pas de la théorie. Certaines interventions d’Autre Terre ont contribué à :
- la restauration de 25 hectares de terres dégradées,
- la plantation de 80 000 arbres,
- la réhabilitation de 14 cours d’eau,
- la sécurisation de 25 000 fosses minières,
- la formation de 2 500 agriculteurs et agricultrices.
Ces chiffres illustrent une idée simple mais souvent négligée : restaurer un paysage, c’est investir en même temps dans l’eau, les sols, les écosystèmes et les moyens d’existence des populations qui en vivent. D’où le message central du side event : « Restore the landscape, not only the water point. »
La gouvernance avant l’infrastructure
Second enseignement fort partagé à la COP17 : la résilience hydrique est autant une affaire de gouvernance que d’ingénierie. Une infrastructure ne tient dans la durée que si les mécanismes locaux de gestion et de responsabilité sont solides – d’où l’importance, dans les expériences présentées, d’articuler autorités traditionnelles, comités de gestion des jeunes, collectivités locales et partenaires techniques.
Cette approche déplace le rôle des communautés : elles ne sont plus de simples bénéficiaires des projets, mais deviennent actrices de la gouvernance de leur propre territoire.
Changer d’échelle : de la parcelle au bassin versant
Autre Terre invite également à dépasser les frontières classiques des projets de développement. La résilience se construit à trois échelles qui doivent être articulées entre elles :
- la ferme : usage efficace de l’eau, conservation de l’humidité des sols, agroécologie ;
- la communauté : accès aux ressources, gouvernance locale, action collective ;
- le paysage : écosystèmes, bassins versants, résilience territoriale.
Une bonne pratique isolée sur une parcelle peut être anéantie par la dégradation du bassin versant qui l’entoure. La résilience ne peut donc pas être pensée en silo.
Les jeunes, acteurs et non plus simples bénéficiaires
Le side event a aussi mis en lumière le rôle stratégique de la jeunesse rurale. Trop souvent perçus uniquement comme une population vulnérable au changement climatique, les jeunes sont en réalité des acteurs d’innovation et de transformation des territoires. Leur implication dans des comités de gestion des ressources naturelles renforce la gouvernance locale et pose les bases d’une appropriation durable des solutions mises en place.
Trois changements de cap pour une résilience durable
Fort de ces expériences, Autre Terre propose trois inflexions majeures pour les approches de développement :
- De l’information transmise à la connaissance co-produite – les données scientifiques gagnent en pertinence lorsqu’elles dialoguent avec les savoirs locaux.
- Des frontières de projet à la logique de bassin versant – les ressources naturelles ignorent les limites administratives et les calendriers de financement.
- Des interventions sectorielles aux approches intégrées – eau, terres, agriculture, moyens d’existence et gouvernance doivent être traités comme les composantes d’un même système.
Des engagements mondiaux aux actions de terrain
Le message final d’Autre Terre à la COP17 est sans détour : les engagements internationaux ne vaudront que par leur traduction concrète dans les territoires. Face à l’intensification des sécheresses, il devient urgent de renforcer les partenariats entre communautés, organisations paysannes, collectivités, chercheurs, pouvoirs publics, partenaires techniques et financiers, et jeunesse – et d’investir dans des capacités territoriales durables plutôt que dans de simples réponses à l’urgence.

L’expérience du Burkina Faso et du Mali le démontre : cette transformation est possible, à condition de changer de regard –
- ne plus restaurer seulement des terres, mais des paysages ;
- ne plus sécuriser seulement des points d’eau, mais des systèmes hydriques ;
- ne plus financer seulement des projets, mais des capacités territoriales ;
- ne plus considérer les jeunes comme des bénéficiaires, mais comme des acteurs du changement.
Eau + Terres + Moyens d’existence + Gouvernance = Résilience
En conclusion de son intervention, la Représentante Pays adjointe a résumé sa vision autour de quatre piliers indissociables : l’eau, les terres, les moyens d’existence et la gouvernance, qui convergent tous vers un même objectif è la résilience des territoires.
C’est sans doute le principal enseignement porté à Oulan-Bator : la résilience ne se construit pas secteur par secteur. Elle se construit dans les paysages, avec les communautés, à partir des réalités du terrain.